Conventions de Double Imposition (CDI) signées par la Suisse

par | Mis Ă  jour le 31 Mar 2026

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Conventions de Double Imposition (CDI) signĂ©es par la Suisse : EU, AELE, reste du monde et consĂ©quences en l’absence de CDI

1. Introduction

1.1 Pourquoi les Conventions de Double Imposition (CDI) sont stratégiques

Les Conventions de Double Imposition (CDI) sont des traitĂ©s internationaux qui organisent, entre deux États, la rĂ©partition du droit d’imposer un mĂȘme revenu ou une mĂȘme fortune. En pratique, une CDI vise Ă  Ă©viter qu’un contribuable (personne physique ou sociĂ©tĂ©) soit taxĂ© deux fois sur le mĂȘme flux : une fois dans l’État de la source (lĂ  oĂč le revenu est gĂ©nĂ©rĂ©) et une fois dans l’État de rĂ©sidence (lĂ  oĂč le bĂ©nĂ©ficiaire est rĂ©sident fiscal).

Pour une entreprise basĂ©e en Suisse, les CDI sont un levier majeur de sĂ©curitĂ© juridique et d’optimisation du coĂ»t fiscal total, notamment sur :

  • les retenues Ă  la source sur dividendes, intĂ©rĂȘts et redevances,

  • la qualification et les consĂ©quences d’un Ă©tablissement stable Ă  l’étranger,

  • la rĂ©cupĂ©ration (ou non) d’impĂŽts Ă©trangers,

  • la prĂ©visibilitĂ© en cas de contrĂŽles ou de divergences d’interprĂ©tation entre administrations.

1.2 Enjeux pour les sociétés suisses et les groupes internationaux

Pour une sociĂ©tĂ© suisse active Ă  l’international (services, nĂ©goce, e-commerce, licences, financement intra-groupe, dĂ©tention de participations), l’existence d’une CDI conditionne souvent la rentabilitĂ© nette des flux transfrontaliers.

Les CDI impactent directement :

  • la structuration d’une holding suisse et les distributions de dividendes,

  • la facturation de services intra-groupe (management fees, IT, R&D, marketing),

  • les schĂ©mas de financement (prĂȘts intragroupe, cash pooling),

  • la gestion de propriĂ©tĂ© intellectuelle (redevances),

  • l’organisation des Ă©quipes (missions Ă  l’étranger, chantiers, reprĂ©sentants).

1.3 Position de la Suisse dans le réseau conventionnel mondial

La Suisse dispose d’un rĂ©seau conventionnel dense couvrant :

  • l’Union europĂ©enne (EU),

  • l’Association europĂ©enne de libre-Ă©change (AELE),

  • une large partie des pays d’AmĂ©rique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Afrique.

Cependant, il existe encore des États sans CDI avec la Suisse. Et c’est prĂ©cisĂ©ment dans ces situations que les risques augmentent : retenues Ă  la source au taux domestique plein, double imposition non rĂ©solue, absence de procĂ©dure amiable, complexitĂ© administrative et incertitude juridique.


2. Fondements juridiques des CDI suisses

2.1 Base légale en droit suisse

En Suisse, une CDI est un traitĂ© international conclu par la ConfĂ©dĂ©ration et approuvĂ© selon la procĂ©dure applicable (approbation parlementaire, et selon les cas rĂ©fĂ©rendum). Une fois en vigueur, elle s’intĂšgre Ă  l’ordre juridique suisse et encadre la maniĂšre dont la Suisse impose certains revenus Ă©trangers, et rĂ©ciproquement comment l’État partenaire impose certains revenus de source suisse.

Sur le plan opérationnel, cela se traduit par :

  • des rĂšgles de qualification (rĂ©sidence, Ă©tablissement stable, nature du revenu),

  • des plafonds de retenues Ă  la source,

  • des mĂ©canismes de correction (exemption, imputation/crĂ©dit).

2.2 ModĂšle OCDE et influence sur les conventions suisses

La plupart des CDI suisses s’inspirent du ModĂšle OCDE. Cela standardise les dĂ©finitions clĂ©s et favorise une lecture “internationale” :

  • rĂ©sidence fiscale,

  • Ă©tablissement stable,

  • bĂ©nĂ©fices des entreprises,

  • dividendes / intĂ©rĂȘts / redevances,

  • gains en capital,

  • emploi salariĂ© et fonctions dirigeantes.

Dans la pratique, les commentaires OCDE constituent un outil interprĂ©tatif important, notamment en cas de divergence d’analyse.

2.3 Interaction entre droit interne et droit conventionnel

Une CDI ne remplace pas totalement le droit interne : elle le limite ou le module. ConcrĂštement :

  • si le droit interne prĂ©voit une retenue Ă  la source de 30%, la CDI peut la rĂ©duire (par exemple Ă  15%, 10%, 5% ou 0% selon conditions),

  • si le droit interne prĂ©voit une imposition mondiale du rĂ©sident, la CDI peut imposer une mĂ©thode d’élimination de la double imposition (exemption ou imputation).

Point pratique : l’accĂšs aux avantages conventionnels n’est pas automatique. Il implique souvent des formulaires, attestations de rĂ©sidence, dĂ©marches de remboursement ou de rĂ©duction Ă  la source.

2.4 Clauses anti-abus et standards BEPS

Depuis les travaux BEPS, les CDI intĂšgrent de plus en plus :

  • des clauses anti-abus gĂ©nĂ©rales (principal purpose test),

  • des limitations de bĂ©nĂ©fices (selon conventions),

  • des exigences de substance et de bĂ©nĂ©ficiaire effectif.

Le message est clair : une structure purement artificielle, sans direction effective, sans personnel, sans logique économique, peut perdre le bénéfice des taux réduits.


3. RĂ©seau conventionnel suisse : vue d’ensemble

3.1 CDI avec les États membres de l’Union europĂ©enne

La Suisse a signĂ© des CDI avec la quasi-totalitĂ© des États de l’UE. Dans une logique SEO et business, l’intĂ©rĂȘt principal se concentre souvent sur les relations Suisse–France, Suisse–Allemagne, Suisse–Italie, Suisse–Espagne, Suisse–Portugal, Suisse–Pays-Bas, Suisse–Luxembourg, Suisse–Belgique, Suisse–Autriche, Suisse–Irlande, etc.

Effets typiques pour les entreprises :

  • rĂ©duction des retenues Ă  la source sur dividendes, intĂ©rĂȘts et redevances,

  • rĂšgles sur l’imposition des prestataires de services et des salariĂ©s en mobilitĂ©,

  • encadrement du traitement des administrateurs (board fees) et dirigeants.

Attention : une CDI ne supprime pas la fiscalitĂ©. Elle rĂ©partit le droit d’imposer et permet d’éviter la double imposition, mais elle n’annule pas les obligations dĂ©claratives locales (par exemple en cas d’établissement stable).

3.2 CDI avec les États de l’AELE (Association europĂ©enne de libre-Ă©change)

Les pays de l’AELE (notamment NorvĂšge, Islande, Liechtenstein) sont en gĂ©nĂ©ral couverts par des CDI modernes. Pour les groupes utilisant la Suisse comme plateforme de dĂ©tention, de services ou de financement, ces conventions facilitent la prĂ©visibilitĂ© fiscale et la gestion des flux.

3.3 CDI avec les grandes économies mondiales (USA, Chine, Inde, etc.)

Les CDI avec des pays “hors Europe” sont souvent les plus sensibles Ă  structurer correctement, car les pratiques administratives peuvent ĂȘtre plus exigeantes (formulaires spĂ©cifiques, interprĂ©tations plus strictes du bĂ©nĂ©ficiaire effectif, contrĂŽles sur la substance, etc.).

Dans les cas typiques :

  • États-Unis : enjeux de retenue Ă  la source et de qualification des revenus (dividendes, intĂ©rĂȘts, royalties), documentation, formulaires, gestion du treaty claim.

  • Chine / Inde : importance de la documentation, risques de requalification, enjeux de PE (permanent establishment) et de “service PE” selon les textes.

  • Moyen-Orient / AmĂ©rique latine : hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©, parfois taux domestiques Ă©levĂ©s et procĂ©dures de remboursement lourdes.

3.4 Pays sans CDI avec la Suisse

Lorsqu’il n’existe pas de CDI, la relation fiscale repose uniquement sur :

  • le droit interne de l’État de la source,

  • et le droit interne suisse (notamment les mĂ©canismes unilatĂ©raux de correction, lorsqu’ils existent et sont applicables).

RĂ©sultat : on peut se retrouver avec une double imposition rĂ©elle (Ă©conomique ou juridique) et un coĂ»t fiscal qui “mange” la marge.


4. Mécanismes clés des CDI

4.1 Détermination de la résidence fiscale

La rĂ©sidence fiscale est la pierre angulaire. Une CDI contient des rĂšgles permettant de trancher si une entitĂ© ou une personne est “rĂ©sidente” au sens de la convention.

Pour les sociétés, les critÚres tournent autour de :

  • le siĂšge,

  • le lieu de direction effective,

  • la rĂ©alitĂ© de la gestion (substance, gouvernance, dĂ©cisions).

Pour les personnes physiques :

  • domicile / sĂ©jour,

  • centre des intĂ©rĂȘts vitaux,

  • lieu de sĂ©jour habituel,

  • nationalitĂ© (en dernier ressort selon conventions).

ConsĂ©quence : une mauvaise qualification de rĂ©sidence peut faire perdre l’accĂšs aux avantages conventionnels (par exemple un taux rĂ©duit de retenue Ă  la source).

4.2 Établissement stable (permanent establishment)

Le concept d’établissement stable (ES) dĂ©termine si l’État Ă©tranger peut imposer une partie des bĂ©nĂ©fices de l’entreprise suisse.

Un ES peut résulter de :

  • un lieu fixe d’affaires (bureau, atelier, local),

  • un chantier dĂ©passant un seuil (selon conventions, en gĂ©nĂ©ral 12 mois),

  • un agent dĂ©pendant qui conclut habituellement des contrats au nom de la sociĂ©tĂ©.

Point clĂ© : la facturation depuis la Suisse ne suffit pas Ă  Ă©viter un ES si l’activitĂ© est rĂ©ellement exercĂ©e Ă  l’étranger avec une prĂ©sence opĂ©rationnelle.

4.3 RĂ©partition du droit d’imposition

La CDI rĂ©partit le droit d’imposer selon la catĂ©gorie de revenus :

  • bĂ©nĂ©fices des entreprises : imposables en Suisse sauf PE Ă  l’étranger,

  • revenus immobiliers : imposables lĂ  oĂč l’immeuble se situe,

  • dividendes : partagĂ©s (retenue Ă  la source plafonnĂ©e + imposition en rĂ©sidence),

  • intĂ©rĂȘts : souvent retenue plafonnĂ©e ou nulle selon conventions,

  • redevances : plafonds variables, parfois 0% selon conventions.

4.4 MĂ©thodes d’élimination de la double imposition (exemption vs crĂ©dit d’impĂŽt)

Les CDI imposent l’une des deux grandes mĂ©thodes :

  • mĂ©thode de l’exemption : la Suisse exempte le revenu Ă©tranger (avec progression possible pour les personnes physiques), tout en conservant parfois une influence sur le taux.

  • mĂ©thode du crĂ©dit d’impĂŽt (imputation) : la Suisse impose le revenu mais accorde un crĂ©dit correspondant Ă  l’impĂŽt payĂ© Ă  l’étranger, dans certaines limites.

Le choix est dĂ©terminant. Sur certains flux, l’imputation peut laisser un “rĂ©siduel” d’impĂŽt suisse si le taux Ă©tranger est infĂ©rieur. L’exemption est souvent plus “simple” mais dĂ©pend de la structure et de la nature des revenus.

4.5 Retenues Ă  la source : dividendes, intĂ©rĂȘts, redevances

C’est souvent la partie la plus visible en entreprise.

Sans CDI :

  • l’État de la source applique son taux domestique (parfois 20%, 25%, 30% voire davantage),

  • les procĂ©dures de rĂ©cupĂ©ration sont limitĂ©es voire inexistantes.

Avec CDI :

  • le taux est plafonnĂ©,

  • des mĂ©canismes de rĂ©duction Ă  la source ou de remboursement existent,

  • mais sous conditions (rĂ©sidence, bĂ©nĂ©ficiaire effectif, formulaires, dĂ©lais).

Exemples de situations concrĂštes :

  • dividendes d’une filiale Ă©trangĂšre vers une holding suisse : la CDI peut rĂ©duire drastiquement la retenue Ă  la source, sous condition de participation qualifiĂ©e et de substance.

  • redevances (logiciel, marque, know-how) : la CDI peut Ă©viter des retenues Ă  la source qui rendent le schĂ©ma Ă©conomiquement non viable.

  • intĂ©rĂȘts intragroupe : la CDI peut plafonner ou supprimer la retenue Ă  la source, mais attention aux rĂšgles anti-abus et Ă  la documentation du prĂȘt (taux arm’s length, capacitĂ© financiĂšre, etc.).

4.6 Procédure amiable (MAP) et arbitrage

Une CDI offre un mĂ©canisme de rĂ©solution des diffĂ©rends : la procĂ©dure amiable (Mutual Agreement Procedure). Elle permet, en cas de double imposition rĂ©sultant d’un ajustement (prix de transfert, Ă©tablissement stable, qualification du revenu), de demander aux autoritĂ©s fiscales des deux États de trouver une solution.

Sans CDI : pas de MAP. Vous ĂȘtes souvent “bloquĂ©â€ avec des recours locaux, longs et incertains.


5. Impact concret pour les entreprises suisses

5.1 Structuration de holdings et flux intra-groupe

Une holding suisse sert fréquemment à :

  • dĂ©tenir des filiales,

  • centraliser les dividendes,

  • financer le groupe,

  • porter des fonctions stratĂ©giques.

La CDI influence :

  • le taux de retenue sur les dividendes entrants,

  • la possibilitĂ© de remonter des cash-flows Ă  moindre friction fiscale,

  • la stabilitĂ© en cas de rĂ©organisation.

Point d’attention : les avantages conventionnels ne sont pas un “droit automatique”. En pratique, il faut prouver la rĂ©alitĂ© de la holding (substance, gouvernance, direction effective, bĂ©nĂ©ficiaire effectif).

5.2 Dividendes transfrontaliers et réduction de WHT

La réduction de la retenue à la source (impÎt anticipé) est souvent la premiÚre motivation opérationnelle. Sans CDI, une retenue à la source élevée peut rendre une distribution inefficiente.

Avec CDI :

  • la retenue Ă  la source est plafonnĂ©e,

  • des procĂ©dures de remboursement ou d’exonĂ©ration peuvent exister.

Mais :

  • la documentation doit ĂȘtre solide,

  • les conditions de participation peuvent ĂȘtre strictes,

  • les clauses anti-abus peuvent bloquer un avantage si la structure est jugĂ©e artificielle.

5.3 ActivitĂ©s commerciales Ă  l’étranger et risques d’établissement stable

DĂšs que la sociĂ©tĂ© suisse “met les pieds” Ă  l’étranger (projets, Ă©quipes, prĂ©sence commerciale), le risque de ES doit ĂȘtre analysĂ©.

Cas typiques :

  • consultant suisse en mission longue,

  • Ă©quipe commerciale locale,

  • prĂ©sence d’un bureau,

  • chantiers industriels,

  • agent local qui nĂ©gocie et conclut des contrats.

Une CDI n’empĂȘche pas l’imposition Ă  l’étranger : elle la cadre. Si un ES existe, l’imposition locale devient normale. Le point clĂ© est d’anticiper, de documenter, et d’éviter les surprises.

5.4 Prestations de services transfrontaliĂšres

Les prestations de services (conseil, ingénierie, IT, management) sont un grand classique.

Avec CDI :

  • les bĂ©nĂ©fices restent en principe imposables en Suisse, sauf ES,

  • mais certains pays appliquent des retenues Ă  la source sur services, mĂȘme si la CDI devrait limiter ce mĂ©canisme (pratique administrative variable).

En pratique, il faut souvent :

  • analyser le texte de la CDI,

  • vĂ©rifier la pratique locale,

  • sĂ©curiser contractuellement (clauses fiscales, gross-up Ă©ventuel),

  • prĂ©voir les attestations de rĂ©sidence.

5.5 Cas pratique : sociĂ©tĂ© suisse facturant dans l’UE

Exemple simple (logique, sans chiffres) :

  • la sociĂ©tĂ© suisse facture des prestations Ă  un client UE,

  • elle n’a ni bureau ni personnel local, et les dĂ©cisions sont prises en Suisse,

  • la CDI permet de soutenir une imposition en Suisse uniquement.

Si, au contraire :

  • la sociĂ©tĂ© envoie des Ă©quipes longtemps sur place,

  • dispose d’un local,

  • ou a un agent local dĂ©pendant, alors un Ă©tablissement stable peut ĂȘtre constituĂ© et une partie des bĂ©nĂ©fices taxĂ©e localement.


6. Impact pour les entrepreneurs et personnes physiques

6.1 Salaires transfrontaliers

Les CDI dĂ©terminent oĂč un salaire est imposable :

  • gĂ©nĂ©ralement dans l’État oĂč l’activitĂ© est exercĂ©e,

  • avec des exceptions (sĂ©jours courts, employeur non rĂ©sident, charge salariale non supportĂ©e par un PE local).

Pour un cadre international basĂ© en Suisse, les missions frĂ©quentes Ă  l’étranger peuvent crĂ©er :

  • des obligations de retenue locale,

  • des risques de double imposition,

  • des obligations dĂ©claratives multiples.

6.2 Administrateurs et dirigeants

De nombreuses CDI contiennent un article spĂ©cifique sur les rĂ©munĂ©rations d’administrateurs (board fees). Souvent :

  • l’État de la sociĂ©tĂ© qui verse les honoraires a un droit d’imposer,

  • ce qui peut entraĂźner une imposition dans l’État de source, mĂȘme si la personne est rĂ©sidente suisse.

Les dirigeants (CEO, directeur gĂ©nĂ©ral) relĂšvent souvent des rĂšgles sur l’emploi salariĂ©, mais les situations hybrides doivent ĂȘtre traitĂ©es finement.

6.3 Revenus immobiliers Ă  l’étranger

RĂšgle classique : l’immobilier est imposĂ© lĂ  oĂč il se situe. Un rĂ©sident suisse avec un bien immobilier en France, Espagne, Italie, etc. sera imposĂ© localement sur les revenus immobiliers, et la Suisse Ă©liminera la double imposition selon la mĂ©thode prĂ©vue.

6.4 Pension, dividendes et revenus financiers

Les pensions et certains revenus financiers ont des traitements conventionnels spĂ©cifiques (selon CDI). Pour les investisseurs et entrepreneurs, l’intĂ©rĂȘt se concentre sur :

  • plafonds de retenue,

  • conditions de remboursement,

  • qualification correcte du revenu (dividende vs intĂ©rĂȘt vs redevance).


7. ConsĂ©quences en l’absence de CDI

7.1 Double imposition économique et juridique

Sans CDI, deux formes de double imposition peuvent survenir :

  • double imposition juridique : le mĂȘme contribuable est taxĂ© deux fois sur le mĂȘme revenu.

  • double imposition Ă©conomique : le mĂȘme flux est taxĂ© “en chaĂźne” (par exemple sur la sociĂ©tĂ© et chez l’actionnaire), sans mĂ©canisme de correction.

Dans des pays à forte retenue à la source, cela peut réduire drastiquement la rentabilité nette.

7.2 Retenues à la source non récupérables

C’est souvent le coĂ»t le plus immĂ©diat :

  • dividendes subissent une retenue Ă©levĂ©e,

  • intĂ©rĂȘts ou redevances peuvent ĂȘtre lourdement taxĂ©s,

  • les procĂ©dures de remboursement (si elles existent) sont parfois impraticables.

RĂ©sultat : le cash-flow net “arrive amputĂ©â€ et la Suisse ne peut pas toujours corriger efficacement cette perte via un crĂ©dit d’impĂŽt unilatĂ©ral.

7.3 Absence de procédure amiable

Sans CDI :

  • pas de MAP,

  • pas de cadre bilatĂ©ral pour rĂ©gler un conflit de qualification (PE, rĂ©sidence, prix de transfert),

  • recours uniquement domestiques, souvent longs.

7.4 Risque accru de requalification fiscale

En l’absence de CDI, les États appliquent leurs rùgles internes, parfois plus agressives :

  • requalification de services en redevances,

  • prĂ©somption d’établissement stable,

  • retenues Ă  la source sur paiements considĂ©rĂ©s “localement imposables”.

7.5 Impact sur la compétitivité et le coût global de la structure

Quand un pays n’a pas de CDI avec la Suisse, on observe souvent :

  • un coĂ»t fiscal plus Ă©levĂ©,

  • des coĂ»ts de compliance supĂ©rieurs,

  • une incertitude accrue,

  • et parfois un arbitrage stratĂ©gique : Ă©viter ce marchĂ©, travailler via une entitĂ© locale, ou adapter complĂštement la structure contractuelle.


8. CDI et conformité internationale

8.1 Échange automatique d’informations (AEOI)

Les CDI modernes intĂšgrent des dispositions d’échange d’informations sur demande, et s’inscrivent dans un environnement oĂč l’échange automatique d’informations (AEOI) est gĂ©nĂ©ralisĂ© dans de nombreux pays.

Conclusion pratique : l’idĂ©e d’une opacitĂ© “confortable” n’existe plus. Les structures doivent ĂȘtre cohĂ©rentes, documentĂ©es et dĂ©fendables.

8.2 Normes BEPS et instrument multilatéral (MLI)

Le MLI a modifié certaines CDI en y ajoutant des standards anti-abus et des rÚgles modernisées. Cela a un impact direct sur :

  • l’accĂšs aux taux rĂ©duits,

  • la documentation du but principal,

  • l’exigence de substance.

8.3 Substance économique et tests anti-abus

Dans la pratique, pour sĂ©curiser l’accĂšs aux CDI, il faut pouvoir dĂ©montrer :

  • une direction effective en Suisse,

  • une gouvernance rĂ©elle (board meetings, dĂ©cisions, procĂšs-verbaux),

  • une logique Ă©conomique,

  • des ressources adaptĂ©es (au minimum une organisation crĂ©dible, selon l’activitĂ©).

Une holding “boüte aux lettres” est un angle d’attaque classique.

8.4 Documentation prix de transfert

DĂšs qu’il y a des flux intra-groupe (services, intĂ©rĂȘts, redevances, achats/ventes), la logique arm’s length s’applique. Les CDI interagissent avec les ajustements de prix de transfert :

  • un ajustement dans un pays peut gĂ©nĂ©rer une double imposition,

  • la MAP peut corriger, mais uniquement si une CDI existe.


9. StratĂ©gies de structuration selon l’existence ou non d’une CDI

9.1 Analyse préalable avant implantation

Avant d’ouvrir un marchĂ©, signer un gros contrat, ou dĂ©placer des fonctions, il faut systĂ©matiquement :

  • vĂ©rifier s’il existe une CDI avec la Suisse,

  • analyser les articles pertinents (ES, services, dividendes, intĂ©rĂȘts, redevances),

  • vĂ©rifier les taux de retenue Ă  la source,

  • comprendre la pratique administrative locale.

Cette Ă©tape Ă©vite des “mauvais deals” oĂč le net aprĂšs impĂŽts devient infĂ©rieur au business plan.

9.2 Alternatives via juridictions intermédiaires

Dans certains cas, des structures intermĂ©diaires sont envisagĂ©es pour rĂ©duire les frictions fiscales. Mais l’environnement BEPS/anti-abus implique :

  • une substance rĂ©elle,

  • une justification Ă©conomique,

  • une cohĂ©rence opĂ©rationnelle,

  • une gestion du risque rĂ©putationnel.

Si l’unique but est fiscal, le risque de refus d’avantage conventionnel augmente nettement.

9.3 Risques fiscaux et réputationnels

Les risques ne sont pas seulement fiscaux :

  • risques bancaires (compliance),

  • risques contractuels (gross-up, litiges),

  • risques de rĂ©putation (structures jugĂ©es artificielles),

  • risques pĂ©naux dans certains États en cas de non-conformitĂ© dĂ©clarative.

9.4 RĂŽle du conseil fiscal en amont

Le conseil fiscal n’est pas un “exĂ©cutant” aprĂšs coup. Il doit intervenir avant :

  • la signature des contrats,

  • l’engagement des ressources locales,

  • la mise en place des flux intragroupe,

  • la distribution de dividendes.

L’objectif est de sĂ©curiser :

  • la qualification correcte des revenus,

  • la preuve de rĂ©sidence et de substance,

  • la documentation (contrats, procĂšs-verbaux, pricing, formulaires),

  • les procĂ©dures de rĂ©duction Ă  la source.


10. Conclusion

10.1 La Suisse comme plateforme conventionnelle stratégique

Le réseau de CDI de la Suisse est un avantage compétitif majeur pour :

  • les holdings,

  • les sociĂ©tĂ©s de services internationales,

  • les structures de financement,

  • les business models liĂ©s Ă  la propriĂ©tĂ© intellectuelle,

  • les entrepreneurs mobiles.

Mais cet avantage n’est rĂ©el que si la structure est correctement gouvernĂ©e, documentĂ©e et conforme.

10.2 Importance de l’analyse pays par pays

Les CDI suivent une logique OCDE, mais chaque convention a ses spécificités :

  • seuils de PE,

  • taux sur dividendes/intĂ©rĂȘts/redevances,

  • articles particuliers (services, pensions, gains en capital),

  • clauses anti-abus.

Une analyse “pays par pays” est indispensable.

10.3 Anticipation fiscale et sécurité juridique

En prĂ©sence d’une CDI, le jeu est plus clair : plafonds, mĂ©canismes de correction, procĂ©dure amiable. En l’absence de CDI, les risques explosent : retenues Ă  la source Ă©levĂ©es, double imposition non rĂ©solue, incertitude et coĂ»t de conformitĂ©.

La bonne approche consiste à intégrer la dimension CDI dÚs la conception du modÚle (structure, contrats, flux, équipes, gouvernance), afin de maximiser la sécurité juridique et la performance économique nette.

Andrés Taracido, expert de My Swiss Company
Écrit par

Andrés Taracido

Fondateur & Directeur · My Swiss Company SA

Andrés Taracido accompagne depuis plus de 20 ans des entrepreneurs, groupes internationaux, holdings, associations et fondations dans leur implantation et la gestion de structures en Suisse.

DiplÎmé fédéral en finance et investissements, CIWM, TEP (STEP), CAS en fiscalité des PME et certifié IAF, il intervient sur la création de sociétés, la gouvernance, la fiscalité et l'administration d'entreprises en Suisse.