Substance économique en Suisse : pourquoi elle est devenue centrale pour les banques et l’administration fiscale

par | Mis à jour le 26 May 2026

La substance économique est devenue l’un des critères les plus déterminants pour bancariser, défendre ou maintenir une société en Suisse. Une simple adresse de domiciliation et un administrateur de façade ne suffisent plus : banques, départements compliance et autorités fiscales cherchent désormais à comprendre qui dirige réellement la société, où les décisions sont prises et si l’activité possède une cohérence économique crédible. Cet article détaille ce que recouvre concrètement la notion, comment elle est évaluée et pourquoi elle conditionne aujourd’hui la viabilité opérationnelle d’une structure internationale.

Substance économique : la définition retenue aujourd’hui

La substance économique désigne l’ensemble des éléments matériels, humains et fonctionnels qui démontrent qu’une société exerce une activité réelle depuis l’État où elle est implantée. En Suisse, cette notion combine quatre dimensions évaluées conjointement par les banques, l’Administration fédérale des contributions (AFC) et les départements compliance : la présence humaine, la cohérence fonctionnelle du groupe, la solidité bilantielle et la localisation effective des décisions.

Pendant longtemps, de nombreuses structures internationales pouvaient fonctionner en Suisse avec une simple adresse et très peu de présence réelle. Cette approche est aujourd’hui largement obsolète, notamment lors des ouvertures de comptes bancaires, des contrôles compliance et des analyses fiscales sur les conventions de double imposition.

Dans la pratique, la question centrale n’est plus de savoir si une société existe juridiquement en Suisse, mais si elle possède une véritable substance : direction effective, gouvernance crédible, présence opérationnelle minimale et capacité réelle à prendre des décisions depuis le territoire suisse.

Important

Une société « boîte aux lettres » avec un administrateur de façade suffit rarement aujourd’hui, surtout dans les activités internationales : holdings, trading, fintech, conseil ou services transfrontaliers. La question implicite que se posent banques et autorités est devenue extrêmement simple : où se trouve réellement l’activité économique ?

Résidence fiscale ≠ substance économique

Une société peut parfaitement être fiscalement résidente en Suisse tout en étant perçue comme artificielle par une banque ou une administration. Ce sont deux notions distinctes qu’il convient de ne jamais confondre.

Une société peut être inscrite au registre du commerce, disposer d’un numéro fiscal, déposer ses comptes annuels et être soumise à l’impôt sur le bénéfice, tout en présentant un profil de substance jugé insuffisant. À l’inverse, certaines structures relativement simples passent facilement les contrôles parce que leur fonctionnement paraît immédiatement logique.

Critère Résidence fiscale Substance économique
Base juridique Art. 50 LIFD (siège ou administration effective) Évaluation factuelle multi-critères
Évalué par Administration fiscale cantonale Banques, AFC, compliance, partenaires étrangers
Critère central Lieu d’inscription et d’imposition Réalité opérationnelle et décisionnelle
Conséquence d’une lacune Redressement, requalification Refus bancaire, blocage compliance, perte d’avantages conventionnels

Source : LIFD, pratique AFC sur l’abus de convention, observations My Swiss Company SA.

Les banques suisses, premier filtre opérationnel

Dans la majorité des dossiers internationaux, les premières difficultés apparaissent aujourd’hui au niveau bancaire avant toute intervention fiscale. Les banques suisses analysent désormais la cohérence globale du projet avant d’accepter une ouverture de compte, et les contrôles KYC/AML (Know Your Customer / Anti-Money Laundering) deviennent parfois plus poussés que l’analyse fiscale elle-même.

Les questions concrètes posées en entretien bancaire

Les discussions portent rapidement sur des éléments très opérationnels :

  • Qui dirige réellement l’activité au quotidien ?
  • Où se trouvent les équipes et les locaux ?
  • D’où proviennent les flux financiers entrants ?
  • Qui sont les clients et comment les contrats sont-ils négociés ?
  • Pourquoi la société est-elle implantée en Suisse plutôt qu’ailleurs ?

Certaines structures parfaitement « présentables » sur le papier deviennent pratiquement impossibles à bancariser : holdings sans logique opérationnelle claire, sociétés de commissions internationales, structures de trading prétendant gérer des flux importants sans présence économique. Une simple boîte aux lettres avec CHF 100’000 de capital n’impressionne plus personne en 2026.

À l’inverse, une société modeste avec une activité compréhensible, quelques collaborateurs réels et un dirigeant impliqué est généralement acceptée rapidement, car le dossier paraît immédiatement cohérent. Deux dossiers juridiquement similaires peuvent ainsi recevoir des traitements bancaires totalement différents simplement parce qu’un projet paraît crédible et l’autre artificiel.

Treaty shopping, rule shopping et exigence de substance

La notion de substance économique est directement liée aux concepts de treaty shopping et de rule shopping, encadrés en Suisse par la pratique de l’AFC et par les standards OCDE issus du projet BEPS (Base Erosion and Profit Shifting).

Treaty shopping

Le treaty shopping consiste à interposer artificiellement une société dans un État afin de bénéficier d’une convention fiscale plus favorable, typiquement pour réduire les retenues à la source sur dividendes, intérêts ou royalties. L’article 7 de la Convention multilatérale BEPS (MLI), ratifiée par la Suisse, introduit un test des objets principaux (Principal Purpose Test) qui permet de refuser les avantages d’une convention lorsque l’obtention de ces avantages constitue l’un des objets principaux du montage.

Rule shopping

Le rule shopping est plus large : il consiste à choisir une juridiction pour son environnement global (stabilité, fiscalité, sécurité juridique, réputation internationale, qualité du système bancaire). Choisir la Suisse pour ces raisons n’a rien d’illégitime. Le problème apparaît lorsque la structure n’a pratiquement aucune réalité économique en regard des avantages recherchés.

Conseil My Swiss Company

La pratique moderne de l’AFC considère que la substance peut constituer une forme de « correctif » contre un abus potentiel de convention. Lorsqu’une société dispose d’une substance suffisante, elle cesse d’être perçue comme une structure artificielle destinée uniquement à améliorer une position fiscale. Documenter dès la création la logique opérationnelle (clients, marchés, équipe, décisions) facilite considérablement la défense en cas de contrôle.

Les quatre piliers d’une substance crédible

Une substance économique solide repose sur quatre dimensions complémentaires, évaluées conjointement par les banques et par l’administration fiscale.

Pilier Ce qu’il couvre Éléments démontrables
Substance personnelle Présence humaine et locaux Bureau réel, collaborateurs, contrats de travail, organigramme
Substance fonctionnelle Cohérence du groupe Participations actives, fonction économique du véhicule suisse
Substance bilantielle Solidité financière Fonds propres cohérents avec l’activité, ratio d’autofinancement
Substance décisionnelle Lieu effectif des décisions Procès-verbaux signés en Suisse, direction résidente, gouvernance documentée

Source : synthèse My Swiss Company SA sur la base de la pratique AFC et des standards OCDE/BEPS.

Substance personnelle : la présence humaine reste fondamentale

Une société prétendant gérer des opérations internationales importantes sans aucun collaborateur identifiable suscite immédiatement des interrogations. Cela ne signifie pas qu’il faille employer plusieurs dizaines de personnes : les banques et autorités cherchent à comprendre si la société possède une capacité opérationnelle minimale cohérente avec l’activité annoncée.

Certaines situations sont paradoxales : une société SaaS avec une équipe entièrement remote peut être considérée comme crédible malgré une infrastructure légère, alors qu’une société de trading international sans présence physique soulèvera immédiatement des doutes. Les questions les plus fréquentes portent sur des éléments simples : qui répond aux emails, où se trouvent les équipes, qui négocie les contrats, où les décisions quotidiennes sont prises.

Substance fonctionnelle : pourquoi les holdings « vides » deviennent fragiles

La substance fonctionnelle concerne la cohérence organisationnelle du groupe. Une holding internationale détenant plusieurs participations substantielles dans différents pays paraît naturellement plus crédible qu’une simple société intermédiaire utilisée uniquement pour recevoir des dividendes.

Certaines structures deviennent fragiles lorsqu’elles ne détiennent qu’un seul actif et ne possèdent aucune activité propre. La vraie question implicite des banques et des autorités est alors : pourquoi cette société existe-t-elle réellement ?

Substance bilantielle : le problème des sociétés sous-capitalisées

La substance bilantielle est probablement devenue l’un des critères les plus observés dans les analyses bancaires modernes. Une société doit disposer d’un niveau de fonds propres cohérent avec son activité. La pratique évoque fréquemment un degré d’autofinancement d’environ 30 %, calculé comme suit : fonds propres divisés par le total du bilan, multiplié par 100.

Profil Actifs Dettes Fonds propres Ratio FP Lecture compliance
Structure fragile CHF 10 m CHF 9,9 m CHF 0,1 m 1 % Risque élevé, structure perçue comme artificiellement financée
Structure crédible CHF 10 m CHF 6,8 m CHF 3,2 m 32 % Substance bilantielle alignée sur la pratique

Source : ratios de référence observés dans la pratique bancaire suisse. Le seuil de 30 % n’est pas une règle légale absolue.

Ce seuil n’est pas une règle légale, et certaines banques y attachent plus d’importance que d’autres selon le secteur. Une société fortement sous-capitalisée sera néanmoins souvent perçue comme artificiellement financée. À l’inverse, certaines entreprises opérationnelles fonctionnent naturellement avec peu de fonds propres mais possèdent de vrais clients, une vraie activité et une véritable équipe : c’est cette cohérence globale qui prime.

Substance décisionnelle : où sont prises les décisions ?

La substance décisionnelle concerne la localisation effective des décisions stratégiques et opérationnelles. Une société dont les conseils d’administration se tiennent à l’étranger, dont les procès-verbaux sont signés ailleurs et dont le dirigeant ne réside pas en Suisse présente un risque immédiat de requalification fiscale (notion d’administration effective au sens de l’article 50 LIFD).

C’est précisément ce pilier qui rend la fonction de directeur résident suisse centrale dans les structures internationales modernes.

L’effet bouclier des sociétés opérationnelles

Une société disposant d’une véritable activité commerciale bénéficie naturellement d’une crédibilité supplémentaire dans les analyses bancaires et fiscales. En pratique, une société industrielle, technologique ou commerciale avec des employés, des clients, des contrats et une activité identifiable sera beaucoup plus défendable qu’une simple holding passive.

La tendance de fond est claire : ce ne sont plus les structures purement juridiques qui rassurent, mais les structures économiquement cohérentes. La pratique AFC reconnaît d’ailleurs un effet « bouclier » aux sociétés opérationnelles, qui bénéficient d’une présomption de substance bien plus solide que les véhicules de détention pure.

Le rôle du directeur résident suisse

Le directeur résident suisse joue un rôle pivot dans la démonstration de substance. Sa fonction dépasse largement l’obligation légale prévue à l’article 718 al. 4 CO (au moins un membre du conseil d’administration domicilié en Suisse pouvant représenter la société). Dans la pratique moderne, il incarne la substance décisionnelle attendue par les banques et par l’AFC.

My Swiss Company SA, Fiduciaire Suisse présente à Genève, Lucerne et Zoug, accompagne des sociétés internationales dans plus de 20 pays. Notre rôle d’administrateur ou de gérant résident s’inscrit dans une approche complète : gouvernance documentée, procès-verbaux signés sur place, suivi des décisions stratégiques et coordination avec les organes étrangers du groupe. Cette démarche est notamment illustrée dans nos études de cas.

Conseil My Swiss Company

Avant toute ouverture de compte bancaire ou tout contrôle fiscal, préparez un dossier de substance synthétique : organigramme du groupe, liste des collaborateurs et des locaux, calendrier des conseils d’administration tenus en Suisse, ratio de fonds propres, description de l’activité commerciale. Ce dossier de 10 à 15 pages réduit drastiquement les frictions compliance et accélère la bancarisation.

Société écran, shell company, sociedad pantalla : pourquoi le terme change mais pas le risque

« Société écran », « société boîte aux lettres », « shell company », « sociedad pantalla » : ces désignations issues de marchés différents recouvrent le même concept opérationnel — une société sans substance économique réelle. Dans une économie globale où les banques suisses analysent des dossiers d’entrepreneurs francophones, anglophones et hispanophones, la maîtrise de cette terminologie est devenue importante pour anticiper les questions compliance.

Les autorités fiscales suisses et l’AFC utilisent principalement la formule « société sans substance ». Les régulateurs anglo-saxons (FATF, OCDE) parlent de « shell entity » ou « letterbox company ». Les juridictions hispanophones (notamment Espagne, Mexique, Colombie) ont retenu « sociedad pantalla ». Le test reste identique partout : direction effective, activité réelle, fonds propres cohérents, présence humaine, traçabilité décisionnelle.

Cette convergence internationale du standard de substance explique pourquoi un entrepreneur basé à Madrid, Genève ou Singapour rencontrera exactement les mêmes questions face à une banque suisse moderne. Le vocabulaire change, le critère ne change pas.

FAQ : substance économique en Suisse

Qu’est-ce que la substance économique d’une société suisse ?

La substance économique désigne l’ensemble des éléments concrets démontrant qu’une société exerce une activité réelle depuis la Suisse : présence humaine (collaborateurs, locaux), fonction économique cohérente au sein du groupe, fonds propres adaptés à l’activité et localisation effective des décisions sur le territoire suisse. Elle est évaluée conjointement par les banques, l’Administration fédérale des contributions et les départements compliance, indépendamment de la résidence fiscale formelle.

Quelle différence entre résidence fiscale et substance économique ?

La résidence fiscale repose sur des critères juridiques (siège statutaire ou lieu d’administration effective au sens de l’art. 50 LIFD) et détermine où la société est imposée. La substance économique relève d’une analyse factuelle multi-critères et conditionne l’accès aux services bancaires, aux avantages conventionnels et à la crédibilité du dossier auprès des partenaires étrangers. Une société peut être fiscalement résidente en Suisse tout en présentant une substance économique jugée insuffisante.

Quel ratio de fonds propres pour une société suisse crédible ?

La pratique bancaire suisse considère qu’un ratio de fonds propres d’environ 30 % du total du bilan constitue un repère raisonnable pour une société internationale standard. Une société présentant un ratio inférieur à 10 % sera fréquemment perçue comme artificiellement financée. Ce seuil n’est pas une règle légale absolue et varie selon le secteur d’activité, mais il reste un indicateur déterminant dans les analyses KYC/AML.

Une société holding sans employés peut-elle être considérée comme ayant une substance économique ?

Une holding pure peut conserver une substance suffisante si elle détient plusieurs participations actives, exerce une réelle fonction de coordination internationale et dispose d’une direction résidente en Suisse signant les décisions stratégiques sur place. À l’inverse, une holding détenant un seul actif passif, sans gouvernance localisée et sans activité propre, devient particulièrement fragile face aux contrôles bancaires et fiscaux modernes.

Pourquoi les banques suisses sont-elles devenues si exigeantes sur la substance ?

Les obligations KYC/AML imposées par la Loi sur le blanchiment d’argent (LBA), combinées aux standards OCDE/BEPS et au test des objets principaux introduit par la Convention multilatérale BEPS, exposent les banques à des risques compliance majeurs en cas de dossier opaque. Une structure dont la logique économique n’est pas immédiatement claire représente un risque réputationnel et réglementaire que les établissements suisses refusent désormais d’assumer, indépendamment du capital ou de la qualité juridique du dossier.

Comment renforcer la substance économique d’une société suisse existante ?

Plusieurs leviers concrets existent : nomination d’un directeur résident suisse exerçant une fonction effective, tenue documentée des conseils d’administration en Suisse, allocation d’employés ou de prestataires localisés sur le territoire, alignement du ratio de fonds propres sur les standards bancaires, documentation contractuelle de l’activité commerciale réelle et formalisation d’un dossier de substance synthétique. Une accompagnement par une Fiduciaire Suisse présente à Genève, Lucerne et Zoug permet de structurer ces éléments de manière cohérente.

Société écran, société boîte aux lettres, shell company : quelle différence ?

Les trois termes désignent la même réalité : une société dépourvue de substance économique réelle, utilisée comme véhicule juridique sans activité opérationnelle propre. « Société boîte aux lettres » est le terme français le plus courant dans la pratique suisse, « shell company » est l’équivalent anglo-saxon utilisé par les banques internationales et les régulateurs OCDE, « sociedad pantalla » l’équivalent hispanique. Dans tous les cas, ces structures sont aujourd’hui systématiquement filtrées par les contrôles KYC/AML et par le test des objets principaux issu de la Convention multilatérale BEPS.

Le treaty shopping est-il interdit en Suisse ?

Le treaty shopping en tant que tel n’est pas formellement interdit, mais il est largement neutralisé depuis l’entrée en vigueur de la Convention multilatérale BEPS ratifiée par la Suisse. Le test des objets principaux (Principal Purpose Test, art. 7 MLI) permet à l’AFC et aux autorités étrangères de refuser les avantages conventionnels lorsque l’obtention de ces avantages constitue l’un des objets principaux du montage. La substance économique reste le critère décisif : une société suisse disposant d’une substance réelle conserve l’accès aux conventions, même si la structure présente accessoirement un avantage fiscal.

Sources

Conclusion

La substance économique dépasse aujourd’hui largement la fiscalité : elle est devenue une question de crédibilité bancaire, fiscale, réglementaire et opérationnelle. Une société internationale doit pouvoir expliquer simplement pourquoi elle existe, pourquoi elle est située en Suisse, qui prend les décisions et comment la valeur économique est réellement créée. Lorsqu’une structure devient compliquée à expliquer, elle devient généralement compliquée à défendre. My Swiss Company SA accompagne des sociétés internationales dans plus de 20 pays depuis Genève, Lucerne et Zoug, en combinant création et administration de sociétés, mandats d’administrateur résident et conseil fiscal. Pour faire auditer la substance de votre structure ou préparer un dossier de bancarisation, contactez nos équipes.